Putain d'histoire ...
L'été dernier, quatre images ont disparu. ... Volées ? Egarées ?
Bien choisies si dérobées ....


Elles étaient confiées, pour une durée de deux ans, à la Région Champagne-Ardenne contre une rémunération somptuaire
de 500 Euros... Soit 20,83 Euros par mois ! " Une région sans artistes est une région sans avenir" nous affirme son président.


Les "Controverses anatomiques" datent de 1991. J'avais été invité par l'association Interbibly à réaliser toute la documentation du catalogue de l'exposition des "Fastes de l'Écrit". J'avais échangé cette participation contre un droit de visite sans contrainte dans tous les fonds "secrets" des bibliothèques de la région: Tenir entre ses mains le manuscrit de "Promontoire" ou feuilleter "L'évangéliaire d'Ebbon" sont des instants rares dans la vie d'un mortel. Parallèlement je conduisais un "travail d'image" sur le patrimoine. Entendons ici par patrimoine ce qui nous constitue tant d'un point de vue génétique que culturel : Nous sommes ce qui nous somme. L'opération s'incrivant dans le cadre d'une célébration de l'écrit, je m'étais donné pour première contrainte de travailler à partir des seules images et textes que je rencontrerais dans mes "visites privées". J'étais déjà à l'époque particulièrement mortel et déjà sous étroite surveillance. L'imagerie médicale encore balbutiante et dont j'étais régulièrement le sujet éveillait sans cesse l'écho des images croisées dans les livres anciens. La découverte de la première figure - hélas aujourd'hui "disparue" - avait décidé du propos.



Un fil était tenable entre cette "origine" - première représentation imprimée du sexe féminin - et cet étrange ovale contemporain, conséquence parmi d'autres de mes nombreux scanner cérébraux. Les micrographies - extraits des " Controverses anatomiques " d'André du Laurens ou du journal d'un médecin de Wassy - déposées longuement à la plume sur une figure de l'encyclopédie et plus violemment sur les radiographies, joueraient leur double rôle de masque et de révélateurs. L'objet serait à la fois visible et "illisible", lisible et "invisible". Sa résistance esthétique me servirait de leurre.


Pour leur première présentation - sous les voutes rénovées de la chapelle du palais du Tau à Reims -, les images avaient suscité quelques remous : amusantes et vigoureuses lettres d'intégristes dénonçant l'insulte faite à " notre sainte mère Marie ", décrochages temporaires d'images à l'occasion de visites trop "politiques". J'avais alors - sans y prêter plus d'attention - attribué ces derniers à la seule pusillanimité d'un conservateur particulièrement conservateur.
A l'époque, personne ne s'était offusqué de devoir s'agenouiller devant un coffre fort pour espérer apercevoir l'évangéliaire d'Ebbon derrière sa vitre blindée... Evangéliaire dont, quelques mois plus tôt, j'avais photographié les pages inoubliables ... dans un placard à balais. En ce siècle déjà lointain, la misère institutionnelle était grande.


Huit ans plus tard et dans l'indifférence des grincheux ( et un peu générale, l'indifférence ) , les " Controverses " furent de nouveau présentée à Chaumont à l'invitation de Maude Grillet .

Elles sont réapparues en 2008 pour un soir et pour la dernière fois dans leur intégralité.C'était à l'occasion de l'inauguration de l'artothèque. Malgré l'altération réelle du produit, j'ai autorisé la poursuite de sa présentation et laissé courir le contrat jusqu'à la limite prévue (fin 2009). J'ai par ailleurs proposé une nouvelle organisation de l'objet, associée à une note d'explication présentant la figure initiale et des reproductions soignées des pièces "égarées".

Depuis l'ensemble des oeuvres de l'artothèque ont été présentées dans les locaux de la Commission Européenne à Bruxelles; l'ensemble ... sauf une vidéo de Jean Bigot ... et les "Controverses" jugées trop ... Trop quoi ? Je ne le sais pas vraiment et je ne le saurai finalement jamais...

Un temps ,j'ai cru comprendre que deux images faisaient problème.
Il fut ensuite vaguement question de dimensions d'accrochage. J'ai proposé, pour voir, une autre pièce aussi volumineuse et assurément plus "corrosive" ("Das Wäldchen ") extraite de "comme mes Moires". Aucun écho depuis.
Allez savoir !? Il y a peut-être moins de gêne à regarder la face mutilée d'un homme que la reproduction anatomique d'un vagin ... Tout cela me laisse perplexe quant à ces expériences " institutionnelles " d'aide à la diffusion . Au fait, diffusion de quoi ? Et au nom de quelle autorité ?

On peut lire ici les commentaires de Philippe Agostini sur ce travail.
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