Les jours sans fin , 1989 - 2009 : Sans doute sommes nous là, exactement,
en l’état de notre espèce, à cet instant de notre extraction du pur zoologique,
dans cette attitude décrite comme « la perception de l’angle mort du langage » (*),
au stade intermédiaire d’une esquisse d’humanité
dont l’art ne serait pas la conséquence, mais la cause.
Caravage disait :
« Tout tableau est une tête de Méduse. On peut vaincre la terreur par l’image de la terreur. »
Ce qui nous anime et procure énergie à notre singularité est dans cette dispute, sans cesse renouvelée,
entre effroi et jouissance.
Cette même dispute est – à contrario – la cause de notre stupéfaction.
« L’homme obstupéfactus est métamorphosé en imago de tombe » écrit Quignard (*).
C’est entre deux gouffres que l’homme doit renaître …. chaque jour ….. sans fin.
Il y eut d'abord les douze images de "La topographie du paradis". "Les" rendez-vous manqués" ont suivi puis, quelques années plus tard, " Les chairs étrangères".
Encres et gouaches sur photographie ont ainsi balisé un lent travail de "recouvrement" - il m'a bien fallu accepter la polysémie du syntagme - .
Entre 2005 et 2009, ce fut la longue entreprise du "dénombrement des corps".
La route a pris fin en juillet 2009 avec un grand triptyque (huile sur toile) dont le titre " Arrêt sur image" semble phonétiquement mimer l'entreprise.
Florence Derieux ( Frac Champagne-Ardenne) et Alexandre Mora ( Mémorial Charles de Gaulle ) ont souhaité présenter l'intégralité des images.
" Les jours sans fin" seront donc proposés à votre regard dès le 12 octobre dans l'enceinte du Mémorial Charles de Gaulle à Colombey.
S'il faut des mots pour dire l'origine des images, je reprendrai ceux de Pascal Quignard : " La fascination est la perception de l'angle mort du langage."
S'il en faut d'autres pour justifier leur existence, j'appelle ceux d'Adonis (Extraits d'Al-Kitâb):
" Comment suivre leurs pas et rêver leurs rêves - J'en suis la négation -? Leurs jours de même que leurs oeuvres ont des digues emportées par mes pas / Mon péché est de continuer à chanter
afin d'étendre leurs horizons. C'est pour eux que j'aime mes péchés, que je dis : ils sont la canicule et je suis leur ombre .../..."
Les jours sans fin (5)
Le dénombrement des
corps
images photographiques NB + encre